Le canton de St-Laurent-du-Var/Cagnes Est va être surveillé de près par les observateurs. De nombreux candidats se bousculent sur dans le fief tenu depuis 1998 par le maire de St-Laurent-du-Var, Henri Revel. Ce dernier a choisi de revenir devant les électeurs mais la dispersion des forces pourrait paradoxalement l’aider… Revue des effectifs.
Le conseiller régional socialiste et leader de l’opposition municipale de gauche, Marc Orsatti, se lance à nouveau dans la bataille en rassemblant cette fois-ci, toutes les forces de gauche qui s’étaient éparpillées en 2004. Quant au Front National, bien implanté dans ce secteur, il devrait aussi être représenté, même si Jean-Marie Le Pen n’a pas dévoilé le nom du candidat lors de son passage à Nice, il y a quelques jours.
Au-delà de la gauche et du FN, Henri Revel devra surtout gérer une sérieuse concurrence dans son propre camp, c’est-à-dire à droite. Il a certes obtenu sans difficulté l’investiture que l’UMP accorde à tous les sortants qui se représentent mais trois candidats sont bien décidés à lui disputer les suffrages. Joseph Segura d’abord, membre de l’UMP jusqu’à il y a quelques semaines : il s’est volontairement mis en congé du parti présidentiel pour se présenter aux cantonales. Lui qui fut le directeur de campagne d’Henri Revel aux municipales de 2001 a déjà défié le maire sortant de St-Laurent-du-Var en 2008. Il siège depuis avec trois de ses collègues dans l’opposition au conseil municipal. Son leitmotiv ? Offrir aux électeurs « une alternative de droite » à Henri Revel. Il dénonce pêle-mêle l’absence de projets, l’immobilisme sur certains dossiers (les HLM du Point du Jour ou l’inondabilité de la commune) et « l’isolement » du maire-conseiller général.
Nouvelles règles du jeu
Joseph Segura a déjà choisi sa suppléante : il s’agit de Marie-Claude Bauzit, l’ancienne directrice du CFA Pharmacie à St-Laurent-du-Var, qui avait figuré, en 1995, sur la liste de Max Moschetti, alors maire de St-Laurent. Le tandem croit possible de déboulonner Henri Revel, comme, en leur temps, Pierre Bachelet au Cannet et Suzanne Sauvaigo à Cagnes-sur-Mer ont été sortis du jeu par les électeurs. Mais il s’inquiète paradoxalement de la pléthore de candidatures qui fleurissent ici et là. « Que chacun prenne bien conscience des nouvelles règles du jeu », rappelle Joseph Segura, en faisant référence au seuil des 12,5% des inscrits qu’il faut désormais atteindre pour accéder au second tour.
Le message est clairement destiné à deux autres prétendants au siège de conseiller général. Des prétendants qui sont, comme lui, en rupture de ban avec Henri Revel : Danielle Hébert et Patrick Villardry.
La première, Danielle Hébert, a été la directrice de cabinet d’Henri Revel jusqu’en mars 2009, date à laquelle elle a été licenciée suite à un conflit concernant la gestion de l’AGASC, la très puissante stucture associative et culturelle que présidait son mari. Près de deux ans après, elle refuse de se complaire dans le règlement de comptes. Avec son suppléant Olivier Briol, un militant associatif qui travaille à Cagnes-sur-Mer, elle voit dans ce premier challenge électoral une manière de poursuivre son engagement politique.
Membre de l’UMP, elle revendique son soutien à la majorité départementale mais défend une autre vision de l’action publique : « le canton a tout à gagner à être représenté par un autre élu », condamnant implicitement le cumul des mandats pratiqué par Henri Revel entre ses fonctions à la mairie, à la communauté urbaine et au Conseil général.
Objectif 2014
Quelle que soit l’issue de ce scrutin cantonal, Danielle Hébert s’inscrit clairement dans la perspective des élections municipales de 2014. Son argumentaire est déjà prêt. Elle s’inquiète de l’évolution de St-Laurent et fustige ce qu’est devenue, à ses yeux, sa commune, tout simplement une « ville à dormir, qui vit sur son passé ».
Patrick Villardry, qui ne réclame « aucune étiquette », veut aussi préparer l’échéance de 2014 en se présentant aux cantonales. Il retrouve à cette occasion Henri Revel, dont il a été l’adjoint, et Joseph Segura qu’il a soutenu et même accompagné (il a figuré sur sa liste en septième position) aux dernières municipales. Ce sapeur-pompier professionnel très investi dans le monde associatif - il a été réélu récemment président de la société de protection des animaux (SDA) - reconnaît qu’Henri Revel « a été un bon maire » mais juge qu’il « n’est plus dans le coup ».
Patrick Villardry fait l’inventaire des dossiers en panne (la levée de l’inondabilité du Var en tête) ainsi que des lacunes de St-Laurent (« pas de cinéma », « pas de comité des fêtes », « pas de cliniques », « un poste de police fermé la nuit »). Il notait également, il y a quelques jours, l’absence de caserne de pompiers mais le président du Conseil général, Eric Ciotti, a annoncé le 18 décembre dernier dans Nice-Matin qu’il y en aurait bien une « d’ici quatre ou cinq ans ».
Orsatti, Segura, Hébert, Villardry : le tir de barrage contre Henri Revel posera, à n’en pas douter, les premiers jalons d’une campagne municipale qui s’annonce, trois ans avant, musclée…
Romain Thomas
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